doucement les basses

Publié le 5 Septembre 2007

Le billet d'humeur d'un danseur fulminant

On achève bien

les rondeaux


Tout s'accélère : même la cadence des musiciens dans les bals. En Bretagne ou en Occitanie, nos jambes fatiguées crient grâce. Un peu de mesure, messieurs les musiciens ! Ou les propos d'un danseur fulminant...

En fait, personne ne sait vraiment. Certains disent : «Si tu écoutes les anciens, il y en a qui jouaient lentement, d'autres nettement plus vite.» C'est vrai. Rien dans les enregistrements des années 1960-1970 n'emporte vraiment la conviction dans un sens ou dans l'autre.

Pour une région donnée, certains musiciens prennent leur temps et libèrent un swing qui invite à flâner. Chez d'autres, au contraire, se devine déjà le penchant actuel pour l'accéléré.

Accordéon en Aveyron

Des instrumentistes de référence ?

La recherche de références

Mais sont-ils des références, ces «vieux», instrumentistes dont certains sont déjà légendaires ? Oui, peut-être, s'ils portaient encore la trace d' habitudes qui avaient à voir avec cette «manière d'être», (comme dit J.-M. Guilcher) qui présidait à tout acte humain et dont l'origine est sans doute à chercher du côté de cette impérieuse nécessité : durer, tenir, survivre. parce que dans la société traditionnelle, demain n'est jamais assuré. Tout doit-être mesuré, dosé, écono- misé. Et en particulier, les gestes du travail. D'où cet allant collectif qui tire son caractère fondamental de la retenue, de la concentration, de l'intério- risation. Y compris, on peut en formuler l'hypothèse, dans la danse et la musique à danser.

Mais qui se risquerait par ailleurs à affirmer que ces musiciens nés au début du siècle n'étaient pas nos exacts contemporains ? 

Qu'ils n'avaient rien su du one step, des courses de motos et des films de Buster Keaton ?

Le fruit de l'expérience

Sans faire fi de témoignages qui restent précieux, regardons plutôt du côté de notre propre expérience. Quels sont les faits  ? La musique jouée dans les bals d'aujourd'hui propose des tempos dont il faut oser dire qu'ils sont souvent trop rapides.

Soyons plus précis. En terme de mouvement, une danse, et la mélodie qui la porte, toutes deux semblent trouver leur équilibre, leur bonne respiration, leur justesse, à l'intérieur d'une «fourchette», métronomique donnée, au delà de laquelle - tout comme en deçà - les danseurs, pour ne parler que d'eux, n'ont plus le soucis de danser, mais celui de se conformer, d'obeir à la vitesse du geste musical. Au détriment de la personnalité propre à chaque danse, que tout danseur aspire à comprendre, à maîtriser, et sur laquelle il peut ensuite poser la sienne.

 

 

D'accord, nous sommes désormais dans une autre manière d'être que celle qui régissait ces milieux dont, sommes toute, nous continuons à revendiquer l'héritage, au moins esthétique. Ceci dit, la question est de savoir jusqu'où va notre regard critique sur ce que nous faisons aujourd'hui.



Une affaire d'esthétique

Dans la relation entre la danse et la musique à danser, peut-on faire l'économie d'un questionnement sur ce qui nous paraît-être, indépendemment de nos rythmes de vie, le «bon», tempo d'un rondeau, d'une mazurka, d'une scottisch ? Celui qui permet le geste juste. Qui va au-devant, mais pas en devançant. En prenant par la main, au contraire. Avec une attention inquiète, quasi maternelle. En accompagnant. En tenant compte, en fait, de la façon très minutieuse dont, en relation avec un tempo donné, s'organise la combinaison entre elles des durées qui, dans un pas de danse, sépare les appuis.

 

Danseurs de rondeau

Le bon tempo d'un rondeau ?

Nombre d'informations ont été réunies sur ce sujet. Il reste à les divulguer davantage. Créons les occasions. Multiplions les échanges entre musiciens et danseurs et mettons les à profit pour chercher ensemble, danse après danse, la cadence respirable. A cette condition, nous avons quelque chance de crédibiliser qualitativement une pratique, qui, en nombre - de bals, de stages, etc.-, connaît par ailleurs une croissance significative. Dans le cas contraire, nous ne laissons guère d'autre préoccupation au danseur que celle-ci : ne pas se laisser distancer. Bonjour la fête !

La lenteur est légère

A un plan plus général, il n'est pas non plus sans intérêt, dans un système qui nous impose une gestion haletante du temps, de vouloir aller doucement là où, et quand nous en avons envie. Qu'on soit musicien, danseur ou simple citoyen, revendiquer un rythme convenable, pour pouvoir s'exprimer à sa guise, c'est carrément devenu un acte subversif. Et esthétique, qui plus est. La lenteur est légère.

Pierre CORBEFIN

L'auteur est directeur de la revue «Pastel» du Conservatoire Occitan de Toulouse.

Intertitres de la rédaction - Photos : JP Bénard - © Images et Musiques du Monde

 

Publié dans #danses

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